
Ronflement et qualité du sommeil : comprendre les micro-éveils nocturnes
Le ronflement est souvent considéré comme un simple bruit gênant pour l’entourage. Pourtant, il peut avoir un effet direct sur la qualité du sommeil du ronfleur lui-même.
Même sans apnée sévère, le ronflement augmente la résistance au passage de l’air et peut provoquer de micro-éveils nocturnes (micro-arousals). Ces activations brèves fragmentent les cycles de sommeil, réduisent la récupération et expliquent une fatigue persistante malgré un temps de sommeil apparemment suffisant.
1. Qu’appelle-t-on micro-éveil nocturne ?
Un micro-éveil est une activation transitoire du cerveau pendant le sommeil, détectée à l’électroencéphalogramme. Il dure de quelques secondes à une quinzaine de secondes.
Il ne correspond pas à un réveil complet : la plupart des personnes n’en ont aucun souvenir. Pourtant, la répétition de ces épisodes nuit à la continuité du sommeil.
Les micro-éveils peuvent être déclenchés par plusieurs types de signaux : bruit, douleur, mouvement… mais aussi instabilité respiratoire. Une revue récente sur les micro-éveils rappelle qu’ils sont un marqueur central de la fragmentation du sommeil dans les troubles respiratoires nocturnes¹.
2. Comment le ronflement déclenche-t-il des micro-éveils ?
Le ronflement résulte d’un rétrécissement partiel des voies aériennes supérieures. L’air passe alors plus vite et plus difficilement, faisant vibrer le voile du palais et la base de langue.
Quand la résistance augmente trop, le corps doit “réagir” pour rouvrir les voies aériennes : c’est là qu’apparaît un micro-éveil réflexe.
Une étude polysomnographique (fondatrice mais toujours citée) a montré que, chez des ronfleurs sans apnée significative, un ronflement plus intense est associé à un index de micro-éveils plus élevé².
C’est un point clé : le ronflement simple peut fragmenter le sommeil même sans apnées franches.
3. Conséquences : pourquoi quelques secondes comptent autant ?
Les micro-éveils ne sont pas anodins parce qu’ils se répètent.
Ils interrompent les phases de sommeil profond et paradoxal au moment même où elles devraient se stabiliser.
Effets sur l’architecture du sommeil
Une fragmentation répétée entraîne :
- moins de sommeil profond (N3)
- un sommeil paradoxal (REM) moins continu
- une augmentation des stades légers (N1–N2)
- une sensation de sommeil “agité”
Une étude expérimentale récente (2022) a reproduit une fragmentation similaire à celle observée dans les ronflements/apnées et a montré une baisse nette de récupération subjective et cognitive dès quelques nuits³.
Effets sur la journée
Même si la durée totale de sommeil semble correcte, la qualité chute.
Les conséquences typiques sont :
- fatigue diffuse
- troubles de l’attention / concentration
- irritabilité
- baisse de mémoire de travail
- somnolence diurne
Les travaux récents sur les micro-éveils confirment que leur excès produit des effets très proches d’une dette de sommeil chronique¹.
Effets cardiovasculaires à long terme
Chaque micro-éveil active brièvement le système nerveux sympathique (pic d’adrénaline), ce qui augmente le rythme cardiaque et la tension artérielle.
À force de répétition, cette instabilité nocturne est associée à des marqueurs cardiovasculaires défavorables. Une étude de cohorte (2022) relie l’index d’éveils à une augmentation du risque cardio-métabolique chez les sujets présentant un sommeil fragmenté⁴.
4. Comment savoir si votre ronflement fragmente votre sommeil ?
Les micro-éveils ne sont pas visibles à l’œil nu, mais ils laissent des indices :
- réveils nocturnes sans raison claire
- sommeil perçu comme non réparateur
- fatigue persistante au réveil
- maux de tête matinaux
- troubles de l’attention dans la journée
Le diagnostic se fait par enregistrement du sommeil :
- polygraphie ventilatoire (domicile)
- polysomnographie (laboratoire)
Ces examens mesurent l’index d’éveils et permettent de distinguer ronflement simple, résistance augmentée (type UARS) ou apnée.
5. Réduire les micro-éveils : que faire concrètement ?
Mesures d’hygiène de vie
Elles sont utiles surtout dans les ronflements “positionnels” ou intermittents :
- dormir sur le côté
- éviter alcool/sédatifs le soir
- traiter la congestion nasale
- stabiliser le poids
- surélever légèrement la tête
Orthèses d’avancée mandibulaire
Quand le ronflement est durable ou associé à une résistance respiratoire, les orthèses sont l’option non invasive de référence.
Elles avancent légèrement la mâchoire inférieure, ce qui :
- augmente l’espace pharyngé
- stabilise le flux d’air
- réduit vibrations et effondrements
- diminue les éveils respiratoires
Les revues cliniques sur les orthèses montrent une amélioration de la qualité de sommeil et une diminution des événements respiratoires responsables des micro-éveils, surtout dans les formes légères à modérées⁵.
Un essai clinique récent (2024) sur une orthèse ajustable confirme une amélioration des paramètres polysomnographiques et une baisse des micro-réveils⁶.
Dans cette logique, une orthèse moderne comme Oniris Plus® vise justement à maintenir une ouverture stable des voies aériennes grâce à un réglage fin et un confort optimisé. Cela permet de réduire le ronflement à la source et, indirectement, la fragmentation du sommeil qui l’accompagne.
Conclusion
Le ronflement n’est pas qu’un bruit : c’est souvent le signe d’une respiration nocturne instable.
En augmentant la résistance des voies aériennes, il provoque des micro-éveils répétés, fragmente le sommeil et diminue la récupération.
Même sans apnée sévère, ces perturbations peuvent expliquer une fatigue chronique et, à long terme, influencer la santé cardiovasculaire.
Une prise en charge adaptée, comprenant l’hygiène de vie, la posture, un traitement nasal si nécessaire et une orthèse d’avancée mandibulaire, permet de restaurer un sommeil plus continu, plus profond et réparateur.
Notes et références
¹ Zhai D et al. (2024). Association between EEG microarousal during nocturnal sleep and next-day function. Nat Sci Sleep.
Texte intégral : https://www.dovepress.com/association-between-eeg-microarousal-during-nocturnal-sleep-and-next-d-peer-reviewed-fulltext-article-NSS
² Hoffstein V et al. (1995). Snoring and arousals: a retrospective analysis. Sleep.
Résumé PubMed : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/8746393/
³ Benkirane O et al. (2022). Impact of Sleep Fragmentation on Cognition and Fatigue. Int J Environ Res Public Health.
Texte intégral : https://www.mdpi.com/1660-4601/19/23/15485
⁴ Ren R et al. (2022). Association Between Arousals During Sleep and Cardiometabolic Risk. JAHA.
Résumé éditeur : https://www.ahajournals.org/doi/abs/10.1161/JAHA.121.022141
⁵ Durán-Cantolla J et al. (2015). Efficacy of mandibular advancement device in OSA and snoring.
Texte intégral PMC : https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC4598931/
⁶ On SW et al. (2024).Clinical Efficacy of a Position-Responding Mandibular Advancement Device.
PDF open access : https://www.e-ceo.org/upload/pdf/ceo-2024-00124.pdf